Conte Initiatique – La légende des 4 soldats « Coeur de Fer »

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Conte Initiatique - La légende des 4 soldats "Coeur de Fer"

 

« Il était une fois, il y a très, très longtemps, quatre soldats qui revenaient chez eux après de nombreuses années de guerre. Les talons de leurs cuissardes résonnaient alors qu’ils marchaient de front, tête haute, regardant droit devant eux car on leur avait appris à marcher ainsi et il leur était difficile d’oublier le rituel respecté pendant tant d’années. La guerre était terminée mais j’ignore si nos quatre soldats étaient vainqueurs ou vaincus. Peut-être cela n’a-t-il aucune importance. Leurs vêtements étaient des loques, leurs bottes avaient plus de trous que de cuir, et aucun de ces hommes n’était semblable à celui qui était parti.

Au bout d’un moment, ils arrivèrent à une intersection et, là, s’arrêtèrent pour réfléchir à la direction à prendre. Une route s’étirait vers l’ouest, droite et bien pavée. Une autre vers l’est, dans une forêt sombre et mystérieuse. La dernière, vers le nord à l’horizon barré de montagnes aux contours indistincts.

— Eh bien, mes amis, dit le plus grand des soldats après avoir ôté son chapeau pour se gratter le crâne, lançons-nous une pièce pour tirer à pile ou face ?

— Non, répondit le soldat à sa droite. Mon chemin, c’est celui-là.

Il dit adieu à ses compagnons et partit vers l’est. Pas une fois, il ne se retourna. Il disparut dans la forêt ténébreuse.

— J’opte pour ce chemin-là, déclara un autre soldat, montrant les lointaines montagnes de la main.

Le grand éclata de rire.

— Moi, je choisis la voie la plus facile, selon mon habitude. Et toi, ami ?

Le dernier soldat soupira.

— Je crois avoir un caillou dans ma botte. Je vais m’asseoir et la retirer, parce que cela fait des lieues que j’ai mal.

Il s’assit et s’adossa à un rocher. Le grand soldat remit son chapeau.

— La décision est donc prise.

Ils se serrèrent la main et partirent chacun de leur côté. Quelles aventures leur arrivèrent en route ? Réussirent-ils à rentrer chez eux ? Je ne saurais le dire, car là n’est pas leur histoire. Celle que je vais vous raconter concerne le premier soldat, celui qui s’est enfoncé dans la forêt sombre.

Il s’appelait Cœur de Fer.

Cœur de Fer tenait son nom d’une très curieuse particularité. Ses membres, son visage, en fait son corps entier, étaient absolument pareils à ceux de tout homme Dieu, mais pas son cœur, qui était de fer. Il battait sous sa poitrine, fort, courageux et obstiné.

Cœur de Fer marcha pendant des jours dans la forêt ténébreuse et ne rencontra âme qui vive, ni homme ni animal Le septième jour, le mur d’arbres s’ouvrit et il sortit de la forêt. Devant lui s’étendait une riante cité. Il resta pétrifié. De sa vie, jamais il n’avait vu plus belle ville. Son ventre qui gargouillait le ramena à la réalité. Il fallait qu’il s’achète à manger, et donc trouve en priorité du travail. Il se rendit dans la ville. Mais il s’avéra que personne n’avait de travail pour un soldat revenant de la guerre. Il semblait que les gens soient contents d’avoir des soldats qui partaient au combat, mais une fois le danger éliminé, ils regardaient le soldat démobilisé de haut et avec suspicion. Cœur de Fer fut donc obligé d’accepter de basses tâches de balayeur des rues. Ce qu’il fit avec gratitude.

Un jour, alors que Cœur de Fer balayait une rue, un défilé vint à passer. Il y avait les fantassins en uniforme brodé d’or, quelques cavaliers sur des chevaux blancs, et enfin un carrosse doré avec deux valets à l’arrière. Cœur de Fer resta bouche bée quand le carrosse fut à sa hauteur. Le rideau de la fenêtre se souleva et il vit le visage de la passagère. Quel visage ! Une perfection à la carnation opalescente. Cœur de Fer la fixait lorsqu’une voix s’éleva dans son dos.

— Ne penses-tu pas que la princesse Solace est belle ?

Cœur de Fer se retourna et découvrit un vieillard à l’air sage. Il ne put qu’admettre que, oui, la princesse était ravissante.

— Dans ce cas, dit le vieil homme en se rapprochant au point que Cœur de Fer put sentir son haleine chargée, aimerais-tu l’épouser ?

Le vieil homme était vêtu de loques. Cœur de Fer songea qu’il n’avait pas l’allure de quelqu’un susceptible de détenir la clé du mariage d’une princesse. Il se détournait lorsque l’homme le retint par le bras.

— Écoute-moi ! Tu vivras dans un château de marbre avec la princesse Solace, devenue ton épouse. Tu porteras des habits de soie et des serviteurs seront à ta disposition, prêts à satisfaire le moindre de tes désirs. Tout ce qu’il te suffit de faire, c’est de suivre mes instructions.

— Et quelles sont ces instructions ? demanda Cœur de Fer.

Le vieux sorcier – car pour en savoir autant il était évidemment un sorcier-répliqua :

— Tu ne devras pas parler pendant sept ans.

Cœur de Fer resta interdit.

— Qu’adviendra-t-il si je ne puis le faire ?

— Si tu prononces un seul mot, même un simple son, tu seras renvoyé à la misère et la princesse Solace mourra.

Ce marché peut vous sembler, comme à moi, tout à fait aberrant, mais rappelez-vous que Cœur de Fer était balayeur des rues. Il regarda ses pieds chaussés de cuir déchiré, puis le caniveau où il devrait dormir la nuit prochaine. Et il finit par accepter le marché proposé par le sorcier.

Le sorcier cligna des yeux et Cœur de Fer se retrouva à l’intérieur du château. Il était vêtu comme les gardes du roi, lequel était assis à quelques pas de lui sur un trône d’or Vous imaginez quelle fut la surprise de Cœur de Fer ! Il ouvrait la bouche pour pousser une exclamation quand il se rappela les paroles du sorcier : il ne devait pas parler, sous peine de réendosser ses haillons, et la princesse mourrait. Il ferma donc la bouche et renouvela le serment de ne pas laisser un seul son en sortir.

Serment qui fut très vite mis à l’épreuve, car quelques instants plus tard, sept félons solidement bâtis déboulèrent par la porte et se ruèrent sur le roi pour le tuer. Cœur de Fer se jeta dans l’échauffourée, jouant frénétiquement de l’épée. Les autres gardes crièrent, mais le temps qu’ils sortent leurs armes des fourreaux, les sept assassins gisaient sur le sol, morts, abattus par Cœur de Fer.

Le roi fut très reconnaissant envers le garde qui, à lui tout seul, avait sauvé sa vie. Tous rendirent hommage à Cœur de Fer, le héros, qui fut immédiatement nommé capitaine de la garde du roi. Mais lorsque les gens demandèrent son nom au vaillant capitaine, il resta muet. Son obstination à garder le silence indisposa le roi, qui avait l’habitude d’être obéi. Mais ce petit problème fut oublié le jour où, alors que le roi chevauchait, un redoutable troll décida de dévorer le monarque pour son déjeuner. Cœur de Fer fondit sur le vilain troll et, d’un seul coup de lame, le décapita.

Tous félicitèrent le capitaine des gardes pour son courage, sa force et sa loyauté. Toutefois, nombreux étaient ceux qui se demandaient pourquoi un tel homme s’entêtait à ne prononcer ne fût-ce qu’un mot. Mais ce qui paracheva sa gloire, ce fut qu’il sauva la vie du roi une troisième fois. Le château était attaqué par un dragon qui crachait le feu et Cœur de Fer mit le monstre en pièces à grands coups d’épée. Après cet épisode, le roi déclara qu’il n’existait qu’une récompense à la hauteur d’un tel guerrier. Il devait assurer la protection de la plus précieuse de ses possessions : la princesse elle-même.

Jour après jour, nuit après nuit, Cœur de Fer veilla sur la princesse Solace. Il se tenait derrière elle pendant qu’elle prenait ses repas. Il la suivait quand elle marchait dans les jardins du palais. Il chevauchait à son côté lorsqu’elle pratiquait la chasse au faucon. Et il l’écoutait, le visage grave, quand elle lui révélait ses pensées, ses émotions et les secrets qu’elle gardait dans son cœur. Bien qu’étrange, c’est un fait patent : une dame peut tomber amoureuse d’un homme qui ne prononce pas un seul mot.

Le roi aimait sa fille par-dessus tout. Il veillait à ce que, quoi qu’elle sollicitât, elle l’obtînt incontinent. Ce qui explique que lorsque la princesse lui demanda la permission de se marier avec son garde personnel, au lieu de rechigner comme n’importe quel autre souverain l’eût fait, le roi accepta, en soupirant toutefois. C’est ainsi que Cœur de Fer épousa la plus belle femme du royaume, princesse de surcroît.

Ainsi, toutes les prédictions du vieux sorcier se réalisèrent. Cœur de Fer vivait dans un magnifique château avec la princesse Solace, devenue sa femme. Il portait des vêtements tout de pourpre et de cramoisi, entouré d’une foule de serviteurs prêts à satisfaire ses moindres caprices. Évidemment, il ne pouvait toujours pas parler, sinon il eût brisé le serment fait au sorcier, mais il estimait que ce n’était pas si difficile. Après tout, on demande rarement son avis à un soldat.

Six ans s’écoulèrent dans une parfaite entente conjugale. Mais quel homme n’aurait pas été heureux d’être riche et époux d’une femme superbe qui l’adorait ? Au cours de la sixième année, le bonheur de Cœur de Fer atteignit son point d’orgue lorsque la princesse lui apprit qu’elle attendait un enfant. Oh, l’allégresse qui s’empara de la Ville brillante ! Les gens dansaient dans les rues, et la nuit où naquit le bébé, un garçon, le roi inonda la population de pièces d’or. Ce petit enfant était l’héritier du trône et porterait un jour une couronne royale sur la tête. Cette nuit-là, Cœur de Fer sourit en regardant sa femme et son fils. Il savait que très bientôt, il pourrait prononcer leurs noms à haute voix. Car il ne restait plus que trois jours avant la fin de ses sept années de silence.

Cette nuit-là, alors que tout était calme dans le château, Cœur de Fer se réveilla sur le coup de minuit. Il ressentit soudain une peur sans nom. Il sortit du lit conjugal et laissa la princesse endormie. Il prit son épée et partit voir son fils. Arrivé devant la chambre de l’enfant, il trouva les gardes qui ronflaient devant la porte. Sans bruit, il l’ouvrit en grand et ce qu’il découvrit à l’intérieur glaça son sang dans ses veines : un loup gigantesque, crocs luisant dans la pénombre, était penché sur le berceau du bébé.

Le loup géant plongea sur le berceau du bébé, tous crocs dehors. Mais Cœur de Fer fondit sur la bête, épée brandie, pour protéger son fils. S’ensuivit un combat dantesque. Car si Cœur de Fer devait garder le silence, ne pouvait donc appeler à l’aide, le monstre mettait à l’épreuve sa force et son adresse. Les deux combattants allaient d’un côté à l’autre de la chambre, mettant les meubles en pièces. Le berceau du bébé fut retourné, et le nourrisson se mit à pleurer. Cœur de Fer réussit un bon coup. Il atteignit l’une des pattes arrière du loup. La bête hurla de douleur et frappa l’homme, qui fut projeté contre le mur. Le choc ébranla le château. La tête de Cœur de Fer heurta la pierre, et il perdit connaissance.

Cœur de Fer reprit conscience le lendemain à l’aube, quand une femme cria. C’était la veille du jour où il serait libéré de son vœu de silence. La nourrice en larmes se tenait sur le seuil de la nursery et gémissait à fendre l’âme car le mobilier était brisé, les murs constellés de taches écarlates et, pire, bien pire, le bébé avait disparu.

En quelques minutes, la nursery fut pleine de gens : gardes, serviteurs, cuisiniers et bonnes. Tous regardaient Cœur de Fer, couvert de sang, qui se tenait dans la pièce où avait dormi son fils jusqu’à aujourd’hui. Son cœur se brisa lorsque la princesse Solace fendit la foule et se dressa devant lui, les yeux lourds de chagrin.

— Au meurtre ! crièrent les gardes.

— Au meurtre ! crièrent les courtisans.

— Au meurtre ! crièrent les habitants de la Ville brillante.

Et tout ce que pouvait faire Cœur de Fer ; c’était de prendre sa tête ensanglantée entre ses mains. La princesse pleurait, suppliait. Tout d’abord, elle enjoignit son mari de rompre son silence et de lui raconter pourquoi il avait commis ce crime. Puis elle supplia son père, en vain : il demeura inflexible. Le roi n’avait d’autre choix que de condamner Cœur de Fer à périr par le feu. L’exécution aurait lieu le lendemain à l’aube.

Cette nuit-là, Cœur de Fer gisait, enchaîné, dans un cachot glacial du donjon. Il savait avoir tout perdu. Son fils avait disparu, sa princesse était au désespoir, le royaume était sans défense et avant l’aube, il serait mis à mort. Un seul mot sorti de ses lèvres aurait pu l’innocenter : Mais ce mot, prononcé avant l’expiration du délai de son serment, l’aurait renvoyé au balayage de rues et aurait causé la mort de la princesse Solace. Mourir lui était égal, mais il ne pouvait envisager que la princesse mourût aussi. Car quelque chose de merveilleux était intervenu au cours de ces six années : il était tombé amoureux de sa femme.

Juste après minuit, Cœur de Fer fut extrait de sa geôle dans le donjon. Des gardes le traînèrent dans les escaliers du château, puis de là dans la rue vers la place centrale de la Ville brillante. Il y avait foule dans les rues. Les gens tenaient des torches pour éclairer la voie. Ils étaient silencieux, à l’exception du sorcier, qui fit tout le chemin jusqu’à la place en dansant, enchanté que Cœur de Fer fût condamné à mort. Sur le poignet du sorcier était perchée une colombe, attachée par une chaîne d’or.

Les gardes attachèrent Cœur de Fer à un grand pieu, puis empilèrent des branchages autour de ses pieds et de ses jambes. Il regarda autour de lui et vit sa tendre épouse debout à côté de son père. Elle pleurait Cœur de Fer ferma les yeux. On mit le feu aux branchages, qui s’embrasèrent comme des torches. De hautes flammes s’élevèrent vers le ciel. Des étincelles jaillirent et se confondirent avec les étoiles. Le méchant sorcier glapit sa joie.

Mais un étrange phénomène survint. Alors que les vêtements de Cœur de Fer brûlaient, commençaient à se réduire en cendres, son corps demeurait intact. On voyait par transparence son cœur de fer battre sous la peau de sa puissante poitrine nue. Un cœur de fer chauffé à blanc.

À la vue du cœur chauffé à blanc de Cœur de Fer, la princesse Solace hurla de désespoir. L’agonie de son mari était plus qu’elle n’en pouvait supporter. Elle ramassa un baquet d’eau et courut le jeter sur lui pour apaiser ses souffrances. Mais, hélas, il est bien connu que si l’eau éteint les flammes, le métal brutalement refroidi réagit mal.

Le cœur de Cœur de Fer se brisa dans un grand craquement.

La princesse Solace serra son mari agonisant dans ses bras, ses larmes salées inondant son pauvre visage. Alors qu’elle pleurait, penchée sur lui, l’aube se leva et les rayons dorés du soleil baignèrent la terre. Cœur de Fer souleva les paupières et, regardant sa femme droit dans les yeux, prononça ses premiers mots après sept longues années de mutisme.

— Je t’aime.

Lorsque la déclaration sortit de la bouche de Cœur de Fer, le méchant sorcier poussa un grand cri.

— Non ! Non ! Ce n'est pas possible !

La vilaine figure du petit homme rougit, jusqu’à ce que de la vapeur commence à s’échapper de ses narines.

— J’ai attendu sept longues années pour voler votre cœur de fer et faire mienne votre force ! poursuivit-il Si vous aviez parlé au cours de ces sept ans, je l’aurais obtenu et votre femme et vous auriez été damnés ! Ce n'est pas honnête !

Le sorcier se mit à tourner sur lui-même, fou de rage que son mauvais sort ait été déjoué. Il tourna de plus en plus vite, jusqu’à ce que des étincelles jaillissent de son corps, que de la fumée noire sorte de ses oreilles, que le sol se craquelle sous ses pieds. Dans un grand fracas, la terre s’ouvrit et il disparut ; englouti.

La colombe attachée à son poignet s’envola, sa chaîne d’or brisée. L’oiseau redescendit du ciel, se posa et se transforma en bébé vagissant : le fils de Cœur de Fer.

La joie s’empara de la Ville brillante. Les gens applaudirent, fous de bonheur que leur prince leur eût été rendu.

Mais qu’advenait-il de Cœur de Fer et de son cœur brisé ? La princesse Solace regarda son mari immobile dans ses bras, effrayée qu’il ne fût mort, et s’aperçut qu’il était indemne et lui souriait. 

Elle fit alors la seule chose qu’une princesse pût faire dans ces circonstances : elle l’embrassa.

On dit encore de nos jours, dans la Ville brillante, que le cœur de Cœur de Fer guérit spontanément quand le sort du méchant sorcier fut rompu. Je n’en suis pas certaine. Ce que je crois, c’est que l’amour de la princesse Solace l’a ressuscité.

Car qu’est-ce qui peut réparer un cœur brisé, à part l’amour ?

 

FIN »

La légende des 4 soldats - « Coeur de Fer »

Écrit par Elizabeth Hoyt
Traduction Française éditions J’ai lu

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Olivia, "Coeur Shamane" est Énergéticienne, Chamane et Médium pure.

Après un parcours dans les ressources humaines, elle décide en 2018 de changer de vie et de s'orienter vers l'énergétique. Elle a à coeur de partager ses dons au travers de soins énergétiques, guidances, hypnoses de guérison et prières chamaniques.

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