Conte initiatique – Jack le rieur « La légende des 4 soldats »

 

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La légende des 4 soldats - Jack le rieur, Elisabeth Hoyt

 

« Il était une fois un soldat qui revenait de la guerre. La guerre à laquelle il avait participé avait commencé bien avant sa naissance. En vérité, elle avait même duré si longtemps que les belligérants avaient fini par oublier pourquoi ils se battaient. Un jour, les soldats des deux camps adverses se regardèrent et réalisèrent qu’ils ne savaient pas pourquoi ils voulaient s’entretuer. Les officiers mirent plus longtemps pour arriver à la même conclusion, mais la raison finit par l’emporter. On déposa les armes, et la paix fut décrétée.

Voici pourquoi notre soldat retournait chez lui. Mais, la guerre ayant duré si longtemps, il n’avait plus de chez-lui où retourner. Il marchait donc sans but précis. Le soleil brillait généreusement dans le ciel, il avait des vivres dans sa besace, et la route lui ouvrait les bras. Cela suffisait à son bonheur.

Il s’appelait Jack le Rieur.

Jack le Rieur marchait sur la route en sifflotant. Il ne se connaissait aucun souci…

Jack le Rieur croisa un vieil homme assis sur le bord de la route. Le vieil homme était pieds nus, il portait des vêtements élimés et courbait le dos, comme si tout le poids du monde reposait sur ses épaules.

— Mon bon monsieur ! s’écria-t-il Auriez-vous un quignon de pain à partager ?

— J’ai mieux que ça ; répondit Jack.

Il s’arrêta auprès du vieil homme, ouvrit sa besace et en tira la moitié d’une tourte à la viande, soigneusement enveloppée dans un linge. Il la mangea avec le vieillard, accompagnée d’un gobelet d’eau fraîche puisée dans un ruisseau voisin. Ce fut un repas de rois…

Quand la dernière bouchée de tourte à la viande fut avalée, le vieil homme se leva, et il se produisit une chose extraordinaire. Ses hardes glissèrent à terre, et soudain apparut devant Jack le Rieur un très beau jeune homme, vêtu d’un magnifique costume blanc.

— Tu as été bon pour moi, lui dit l’ange (car c’était un ange de Dieu), et je veux t’en récompenser.

L’ange produisit une petite boîte en étain et la posa sur la paume de Jack.

— Regarde dedans ce que tu cherches, et tu seras exaucé, dit-il.

Il disparut sur ces mots. Jack resta un moment interdit, avant de risquer un coup d’œil à l’intérieur de la boîte. Et il rit, car il n’y avait rien, sinon quelques feuilles de tabac. Rangeant la tabatière dans son sac, il reprit son chemin.

Chemin faisant, Jack le Rieur croisa un autre vieillard, pareillement vêtu de haillons et assis au bord de la route.

— Pourrais-tu me donner à manger ? le héla le vieillard d’une voix désagréable.

Jack posa son sac et en sortit un morceau de fromage. Le vieillard le lui arracha des mains et le goba d’une seule bouchée. Jack sortit ensuite une miche de pain. Le vieillard la mangea en entier, puis tendit les mains pour réclamer encore. Jack fouilla au fond de son sac, pour en tirer une pomme. Le vieillard dévora la pomme, et dit :

— C’est tout ce que tu as à m’offrir ?

La patience de Jack avait des limites.

— Enfin, quoi ! Vous avez mangé toutes mes provisions et vous n’avez même pas eu un mot pour me remercier Allez donc au diable !

Le second mendiant se redressa, et ses haillons s’envolèrent, révélant une hideuse créature, moitié bête moitié homme.

— Aller au diable, dis-tu ? s’écria le démon – car bien sûr, c’en était un. Mais c’est toi qui seras damné !

Jack vit ses bras et ses jambes rétrécir, et il se retrouva bientôt de la taille d’un enfant. Dans le même temps, son nez s’allongea et se recourba, jusqu’à toucher pratiquement son menton, qui avait poussé vers l’avant.

Le démon rugit de rire, avant de disparaître dans un nuage de fumée. Jack demeura seul sur la route, les manches de son uniforme de soldat traînant dans la poussière…

Ce qui lui arrivait était effroyable, mais Jack n’avait d’autre choix que de poursuivre sa route. Après avoir marché encore toute une journée, il arriva dans une grande et belle ville. À peine en eut-il franchi les portes que les habitants se massèrent sur son passage en riant. Des gamins le suivirent, se moquant de son grand nez et de son menton en galoche.

Jack posa son sac et plaqua les mains sur ses hanches.

— Vous me trouvez drôle ? lança-t-il.

Derrière lui, quelqu’un rit encore, mais cette fois c’était un petit rire à la sonorité délicieuse. Jack se retourna et découvrit la plus belle femme qui se puisse rêver. Elle était auréolée d’une magnifique chevelure blonde.

Elle se pencha vers lui et dit :

— Tu es le petit homme le plus drôle que j’aie jamais rencontré. Veux-tu devenir mon bouffon ?

Et c’est ainsi que Jack devint le bouffon de la fille du roi.

La princesse était magnifique. Sa beauté dépassait l’entendement : ses yeux brillaient comme des étoiles, et sa peau était aussi douce que la soie. Mais elle était pleine de morgue, et n’avait pas encore trouvé l’homme quelle consentirait à épouser. L’un était trop vieux, l’autre trop jeune, celui-ci parlait trop fort, celui-là avait tel défaut…

Alors qu’elle s’apprêtait à fêter ses vingt et un ans, la princesse était donc toujours célibataire et le roi, son père, perdit patience. Il décida d’organiser une série d’épreuves en l’honneur de l’anniversaire de la princesse, et décréta que celui qui les remporterait toutes gagnerait également la main de sa fille.

Comme on pouvait s’y attendre, la proclamation du roi eut un retentissement considérable. Une foule de prétendants arrivant des quatre coins du royaume, et même au-delà, se présenta bientôt au palais. Quelques-uns étaient des princes de haut rang, accompagnés d’une escouade de gardes et de laquais. D’autres étaient des chevaliers sans fortune, qui cherchaient à redorer leur blason. Mais il y avait aussi de simples particuliers, venus à pied, et même des mendiants.

Tous partageaient l’espoir de remporter les épreuves et d’épouser en récompense la princesse.

La princesse était montée sur les remparts du château pour assister à l’arrivée des prétendants. Jack le Rieur se tenait à son côté. Elle l’avait pris en amitié, et il l’accompagnait où qu’elle aille. À cause de sa petite taille, il avait dû grimper sur une pierre qui dépassait.

— Pauvre de moi ! soupira la jeune fille.

— Quelque chose vous troublerait-il noble princesse ? s’enquit Jack.

— Oui. J’aurais aimé que mon père me laisse choisir un mari à ma convenance. Hélas, cela me paraît désormais impossible.

— Aussi impossible que le rêve d’un bouffon qui voudrait épouser une belle princesse, admit Jack le Rieur.

Le jour prévu pour le début des épreuves, des centaines de prétendants s’étaient massés, emplis d’espérance, devant les murailles du château. Une estrade avait été construite pour le roi, afin que tous puissent l’entendre. De cette estrade, le souverain expliqua ce qui allait se passer.

Il y aurait trois épreuves en vue de sélectionner celui qui remporterait la main de la princesse. La première épreuve consistait à trouver et rapporter un anneau de bronze. Cet anneau gisait au fond d’un lac glacé. Et dans ce lac vivait un serpent géant…

Tous les prétendants se lancèrent à la recherche de l’anneau de bronze et la princesse rentra dans le château, le cœur lourd.

Jack, pendant ce temps, s’isola dans un coin tranquille et ouvrit sa petite tabatière en étain. Elle lui fournit ce dont il avait besoin : une armure de vent, et l’épée la plus tranchante du monde. Jack revêtit l’armure et s’empara de l’épée. Whoosh ! En un éclair, il se retrouva au bord d’un lac. Et alors qu’il se demandait s’il s’agissait du bon lac, un énorme serpent surgit de l’eau. Une farouche bataille s’engagea. Le serpent était très grand, et Jack très petit, mais il possédait la meilleure épée au monde, et son armure lui était d’un grand secours. À la fin, le serpent expira, et Jack put mettre la main sur l’anneau.

Quand Jack rentra au château, il fit une chose bien étrange. Reprenant ses hardes de bouffon, il se rendit aux cuisines. Les domestiques s’affairaient pour préparer le souper royal. Profitant de l’agitation, Jack s’approcha d’un marmiton qui touillait une soupe au-dessus du feu.

— Je te donnerai une pièce d’argent si tu me laisses m’occuper de la soupe de la princesse, lui dit Jack.

Le marmiton accepta le marché avec enthousiasme. Il eut à peine le dos tourné que Jack jeta l’anneau de bronze dans la soupe.

Ce soir-là, la cour bruissait de rumeurs. Le serpent était mort, mais personne n’avait rapporté l’anneau de bronze. Qui était le brave qui avait eu raison du monstre et s’était emparé de l’anneau ?

Jack, comme à son habitude, se tint derrière la princesse pendant tout le dîner. Celle-ci lui jeta un drôle de regard en s’asseyant à table.

— Où étais-tu passé, Jack ? Tes cheveux sont mouillés.

— J’ai rendu visite à un petit poisson argenté de mes amis, répondit Jack, avant d’effectuer une cabriole.

La princesse sourit et commença à manger, mais une surprise de taille l’attendait au fond de son assiette de soupe : l’anneau de bronze !

Ce fut un beau remue-ménage. Le cuisinier en chef fut convoqué sur-le-champ, et interrogé devant toute la cour. Mais le pauvre homme ignorait complètement comment l’anneau avait pu atterrir dans la soupe de la princesse.

Le mystère demeura entier.

Le lendemain, le roi annonça la deuxième épreuve : rapporter un anneau d’argent caché au sommet d’une montagne gardée par un troll.

Comme la première fois, Jack attendit que tous les prétendants aient quitté le château, puis il ouvrit sa tabatière en étain. L’armure de vent et l’épée magique réapparurent. Jack revêtit l’armure, se saisit de l’épée. Whoosh ! En un éclair, il se retrouva devant le vilain troll. 

L’affrontement dura un peu plus longtemps qu’avec le serpent, mais le résultat fut identique. Jack détenait à présent l’anneau d’argent…

Lorsque Jack revint avec l’anneau d’argent, il commença par se changer ; avant de se faufiler dans les cuisines du palais. Le même marmiton touillait la soupe de la princesse. Jack lui demanda à nouveau la permission de donner quelques coups de cuiller dans le potage royal. Plop ! L’anneau disparut au fond de la marmite, et Jack s’éclipsa avant que personne ait pu remarquer son manège. Puis il rejoignit la princesse.

— Où étais-tu encore passé ? s’enquit-elle dès qu’elle le vit.

— Je me suis promené par monts et par vaux, belle dame.

— Et qu’as-tu fait à ton bras ?

Jack baissa les yeux et constata que l’épée du troll lui avait entaillé le bras.

— Oh, ma princesse, je me suis battu avec un énorme moucheron en votre honneur, répondit Jack.

Et il exécuta une cabriole, sous les éclats de rire de toute la cour.

La princesse mangea sa soupe, et que trouva-t-elle au fond de son assiette ? L’anneau d’argent, bien sûr ! Aussitôt, le roi convoqua son chef cuisinier. Mais on eut beau le questionner, il jura mordicus qu’il ignorait comment l’anneau d’argent avait pu se retrouver dans la soupe de la princesse. Finalement, le roi n’eut d’autre choix que de le renvoyer dans ses cuisines. Mais tout le monde, à la cour, s’interrogeait sur ce prodige, et se demandait qui avait bien pu s’emparer de l’anneau d’argent.

Seule la princesse demeurait silencieuse. Elle observait, songeuse, son bouffon…

Le lendemain, le roi annonça l’ultime épreuve. Un anneau d’or était caché dans une caverne, gardée par un dragon crachant le feu. Jack revêtit son armure de vent, se saisit de son épée tranchante, et il se retrouva bientôt devant l’entrée de la caverne. Le dragon sortit défendre son antre, et Jack dut se battre vaillamment car le monstre était gigantesque. La lutte, féroce, dura toute la journée. Le soir tombait quand le dragon s’écroula finalement, et Jack put serrer l’anneau d’or dans sa main.

La nuit était tombée quand Jack rentra enfin au château. Il eut tout juste le temps de se défaire de son armure et de son épée, avant de courir aux cuisines pour soudoyer le marmiton. Puis il gagna la salle des banquets, où la cour s’était déjà assemblée pour le souper.

— Eh bien, Jack ? lui demanda la princesse. Tu avais encore disparu ! Et qu’est-il arrivé à ta jambe ?

Jack baissa les yeux et s’aperçut que le dragon lui avait brûlé la cuisse.

— J’ai fait une mauvaise rencontre avec une salamandre, expliqua-t-il.

On servit son potage à la princesse. Quand elle l’eut terminé, que trouva-t-elle au fond de son assiette ? L’anneau d’or, bien sûr ! Pour la troisième fois, le chef cuisinier fut convoqué séance tenante. Mais le roi eut beau tempêter et le menacer, le pauvre homme ne savait rien.

La princesse, qui tournait et retournait l’anneau entre ses doigts, prit alors la parole :

— Qui épluche les légumes de mon potage ? demanda-t-elle.

Le cuisinier bomba le torse.

— Moi, princesse !

— Qui place la marmite sur le feu ?

— Moi, princesse !

— Et qui touille la soupe pendant qu’elle cuit ?

Le cuisinier écarquilla les yeux.

— Un marmiton, princesse.

Cette réponse causa un grand émoi parmi toute la cour.

— Qu’on m’amène ce marmiton ! s’exclama le roi. Et tout de suite !

Le marmiton fut amené, tout tremblant, devant le roi. Et il ne fut pas long à se confesser. Par trois fois, Jack le bouffon l’avait payé pour touiller la soupe de la princesse à sa place – et la troisième fois, pas plus tard que ce soir. Toute la cour s’exclama bruyamment, comme on peut s’en douter. La princesse, pour sa part, semblait songeuse. Mais le roi écumait de rage. Les gardes royaux forcèrent Jack à s’agenouiller devant le souverain, et l’un d’eux plaça son épée sous sa gorge.

— Parle ! lui intima le roi. Dis-nous à qui tu as volé les anneaux !

Car, bien sûr, personne ne pouvait croire que le pauvre bouffon, tout chétif, avait récupéré lui-même les anneaux.

— Parle ! répéta le roi. Ou je te fais trancher la tête !

 

Un mois plus tard…

« La lame de l’épée se pressait contre sa gorge, mais Jack parla courageusement.

— Je veux bien vous révéler qui a conquis les anneaux, Votre Altesse. Malheureusement, vous ne me croirez jamais.

Le roi s’impatienta. La cour s’agitait. Jack dut forcer la voix pour couvrir le brouhaha :

— Quoi qu’il en soit, peu importe de savoir qui les a conquis. L’important, c’est de les détenir.

À ces mots, le roi devint silencieux, et tous les courtisans tournèrent leur regard vers la princesse. Celle-ci, interloquée, ouvrit la petite bourse où elle avait glissé les deux premiers anneaux – celui de bronze et celui d’argent. Elle les plaça dans sa paume, à côté de l’anneau d’or.

— Désormais, c’est la princesse qui détient les anneaux, reprit Jack. Cela lui donne le droit de choisir elle-même son époux.

Le roi pesta, mais il fut obligé de convenir que Jack avait raison.

— Qui choisis-tu d’épouser, ma fille ? demanda-t-il à la princesse. Il y a, dans cette salle, des hommes venus de partout. Des riches, des courageux, des élégants. Lequel veux-tu pour mari ?

— Aucun, répliqua la princesse.

Et, aidant Jack à se lever sur ses petites jambes, elle ajouta :

— J’épouserai Jack, et personne d’autre. C’est peut-être un bouffon, mais il me fait rire, et je l’aime.

Et devant les yeux ébaubis de la cour et du roi, elle se pencha pour poser un baiser sur le grand nez de Jack.

C’est alors qu’il se produisit la chose la plus étrange à laquelle on ait jamais assisté. Jack se mit à grandir : ses bras et ses jambes s’allongeaient et grossissaient à vue d’œil, tandis que son nez et son menton revenaient à des proportions normales. Lorsque la transformation fut achevée, Jack avait retrouvé son allure d’antan. C’était un fort et beau jeune homme, et comme il avait revêtu l’armure de vent et portait la plus belle épée du monde, il fit grande impression.

Cependant, la princesse n’aima pas ce bel inconnu qui se tenait maintenant devant elle.

— Où est passé mon Jack ? se récria-t-elle, les larmes aux yeux. Où est mon bouffon adoré ?

Jack s’agenouilla devant la princesse, et prit ses mains délicates dans les siennes.

— Je suis toujours votre bouffon adoré, princesse, murmura-t-il afin de n’être entendu que d’elle seule. Celui qui dansait et faisait des cabrioles pour vous amuser. Je vous aime, et je reprendrais volontiers mon apparence difforme si cela pouvait vous rendre heureuse.

À ces mots, la princesse sourit. Et elle l’embrassa. Car si Jack avait changé physiquement, au point qu’elle ne le reconnaissait plus, sa voix était toujours la même. C’était la voix de Jack le Rieur, devenu Jack le Bouffon – l’homme qu’elle aimait.

Et celui qu’elle avait choisi d’épouser. »

 

La légende des 4 soldats - « Jack le Rieur »
Écrit par Elizabeth Hoyt
Traduction Française éditions J’ai lu

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Olivia, "Coeur Shamane" est Énergéticienne, Chamane et Médium pure.

Après un parcours dans les ressources humaines, elle décide en 2018 de changer de vie et de s'orienter vers l'énergétique. Elle a à coeur de partager ses dons au travers de soins énergétiques, guidances, hypnoses de guérison et prières chamaniques.

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